© Musée de Collioure

Expos thématiquesCollioure - Pyrénées-Orientales

Survage, les années Collioure 1925-1932

du 16 juin au 30 septembre 2012

Le Musée d’art moderne de Collioure organise du 16 juin au 30 septembre 2012, une très importante exposition qui regroupera les œuvres majeures réalisées lors des séjours de Léopold Survage à Collioure entre 1925 et 1932.

Le site de Collioure est connu dans le monde entier grâce au passage de nombreux artistes pendant tout le XXe siècle et notamment à travers l’expérience fauve lors de l’été 1905 conduite par Matisse et Derain. Depuis lors, la ville de Collioure est rentrée dans l’histoire de l’art d’une manière magistrale.

De très nombreux artistes y ont séjourné : Marquet, Camoin, Valtat, Manguin, Max Jacob, Juan Gris….Tous en quelque sorte, à travers leurs préoccupations plastiques du moment, ou bien dans leur recherche personnelle, ont rendu hommage à cette petite ville  connue dans le monde entier pour sa beauté et sa remarquable lumière.

Survage n’y a pas échappé et ses longs séjours à Collioure de 1925 à 1932 témoignent de son engouement pour le site et ses habitants. Homme du nord, c’est bien à Collioure qu’il saisit l’intensité mythique de la méditerranée et transforme son style et son écriture entre cubisme, abstraction, futurisme et réalisme.

La cosmogonie que Survage entreprit, à la fin des années 30 de célébrer comme l’une des clés de l’espace métaphysique, pourrait prendre racine dans le plus ancien souvenir du peintre :

« Le 31 juillet 1879 je venais au monde. Le premier réveil de ma conscience s’est fait un an après. Je vois encore une bande étroite et scintillante au loin, entrecoupée par des raies verticales noires qui se réunissaient en haut à une voûte sombre. De toutes mes forces, je me précipitais vers ce mirage. Sous mes pieds, je voyais le sol d’une coloration brun rouge, mais quelque chose qui me soutenait sous mes bras m’empêchait d’avancer. Plus tard, j’ai su que cet événement s’était produit à Zikovo, à quelques kilomètres de Moscou ; dans un petit bois de pin au bord d’un étang, on m’apprenait à marcher à l’aide d’une serviette passée sous mes bras et tenue en arrière par ma mère. »

La terre, le ciel, l’eau, le feu scintillant du soleil, sont, sans doute, l’une de ces images premières qui déterminent le sens de son œuvre.
Il n’est pas étonnant que la lumière méditerranéenne, d’abord à Nice où il s’était réfugié pendant les années de la première guerre   mondiale ; puis à Collioure qui fut le principal sujet de son travail De 1925 à 1932, est été une révélation pour le jeune Russe aux ascendances  finlandaises qui n’avait connu que les lumières du Nord.


On a mal mesuré ce que pour ces peintres de l’Europe du Nord a représenté la révélation de la lumière méditerranéenne et son paramètre d’intensité colorée. Ce n’est pas de l’atelier de Matisse qu’il fréquenta brièvement que Survage tire soudain l’extraordinaire subtilité de ses roses, la densité de ses bleus, l’éclat de ses oranges et de ses rouges, mais de la découverte en 1915, à son arrivée à Nice, loin du fracas de la guerre, du bleu du ciel et de la mer, des façades ocrées de la Place Masséna, du vert profond et du jaune strident des citronniers. Comme Paul Klee arrivant quelques années plus tôt à Tunis, il pourrait dire : Et dorénavant je suis peintre.

C’est grâce à une autre lumière, celle de Collioure, que Survage put trouver l’échappatoire à ce « retour à l’ordre » qui saisit –après le cubisme et l’abstraction des Rythmes colorés- en 1922 sa peinture. Si la lumière de Nice avait produit un ensemble de toiles sereines (où les années de guerre ne se marquaient qu’au nombre des galons sur les manches des personnages),  rêve rose et bleu d’un oriental ébloui ; c’est d’abord l’intensité des contrastes, l’importance accordée aux terres et aux ocres, la lumière violente et la dimension tragique qui retiennent Survage dès qu’alentour de 1927 il renonce au style d’emprunt et aux contraintes néo-classiques qu’il s’était imposés. A Collioure, dans l’intensité des couleurs qui avaient marqué le début du Fauvisme de Matisse, il perçoit le resurgissement de la tragédie antique, la présence vivante des mythes. Ses pêcheuses sont des pleureuses, son taureau évadé s’inscrit entre le corps des femmes affolées comme en un labyrinthe, ses baigneuses monumentales, son joueur de balle, son bouvier cessent d’être les figures familières du village pour se transformer en idoles, en acteurs rituels d’un drame sans action, entre ombre et soleil. Est-ce alors un hasard si la lumière de la Catalogne ressuscite pour lui, comme pour Picasso, le mythe grec ?

Car la lumière, dans ces toiles, est déterminante. C’est elle qui scande le rythme souple de la ligne, fil continu qui tisse l’unité du monde, joignant d’un même mouvement êtres et animaux, fenêtres et paysages. La couleur obéit à ces rythmes, tour à tour les épousant étroitement ou jouant en contrepoint avec eux selon des principes que Léger reprendra dans ses œuvres des années 40. Ce que Survage intuitivement avait perçu à ses débuts revient ici dans une lumière définitive, celle qui situe l’homme dans un théâtre de forces qui le dépassent et le traversent, acteur momentané d’une  pièce dont aucun ne connaît le début ni le  terme, porteur de signes –  paniers, poissons ou voiles – renvoyant  tout ensemble à la réalité quotidienne et à un passé immémorial

Renseignements :

Musée d’art moderne de Collioure
Route de Port-Vendres
66190 Collioure

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